C'est mardi. 26 octobre 2010. 15h24. Je ne sais pas encore ce que je vais écrire. Comment je vais vivre aujourd'hui ou demain. Peu importe. Suivre  le chemin du bien être. Ne rien calculer. 15h25. Anesthésie en cours. Une oreille au scope. Tout roule. Je peux écrire, laisser libre cours aux divagations de l'âme. Dans ce métier, on ne peut pas parler, chacun pour l'autre, aucun pour soi. Pendant que la deuxième oreille explose d'un remake de "tournez ménage" des inconnus, j'ai la cervelle qui bouillonne. Heureusement mes chevaux sont là, partout dans ma tête. Ils soignent tous les maux, donnent la force d'affronter tout. Quel apaisement, le même que j'éprouve devant un aquarium, les regarder, non, les contempler ; Victor Hugo a bien trouvé ce titre "Les contemplations" ... je ne contemple pas mon esprit, je contemple parfois ce qui le traverse ; Je me demande comment j'arrive à réfléchir ... non, penser dans un tel environnement. Bruyant, électrique. . Je réponds machinalement à la question suivante "crois-tu aux coups de foudre ?" ... Je réponds "oui, à condition de ne jamais vivre ensemble" ; la vie commune use la passion c'est un choix. Bon, où en étais-je ... mon père, mon héros, bientôt son anniversaire. Encore un sans lui. J'estime ne pas raconter ma vie ; ma vie est celle des autres. C'est dans la poésie que je dissimule si bien des choses et me livre pleinement ; si,  j'en suis fière. A cheval je ne suis pas encore assez finie pour me livrer pleinement et que personne ne voit rien ... Mon père  a lu mon premier recueil quand il est paru en 2005, un mois à peine avant qu'il parte. Il m'a dit qu'il avait reconnu tant de choses de notre famille, que ça lui faisait plaisir que j'arrive si bien à les camoufler . J'en suis heureuse. Nous avons de multiples faces, et de multiples carapaces, et sous chaque carapace existe une autre carapace ...

Il est 15h 36. Mon père me manque. J'ai envie de pleurer. Je me lève m'occuper du malade qui dort. je rigole un coup avec l'équipe, histoire de faire bonne figure, montrer toujours le bon côté, le côté faux, celui que tout le monde se satisfait de voir pour supporter l'autre au travail. Tout le monde est content, je peux me rasseoir. Ecrire. Ecrire.

Ne réfléchir à rien, juste aux vagues. Aux vagues silencieuses. Aux vagues silencieuses qui déchirent la cîme des arbres, aux prairies. Aux prairies d'herbes sauvages qu'inaugurent les amants. Je pense à mes chevaux. Pourquoi suis-je incapable de monter un autre cheval que le mien ? Pourquoi ai-je acheté un deuxième cheval pour éviter de monter les chevaux des autres ? ; pourquoi n'ai-je confiance qu'en moi. Mes chevaux.  Je ne devrai pas réfléchir trop, laisser libre cours à mon instinct. Mais je lutte toujours contre l'instinct, c'est une question d'habitude, d'éducation, il est si simple d'y céder, si difficile d'y renoncer.  Je me ballade entre les deux ; car réfléchir c'est bien, j'aime bien me prendre la tête comme on dit, évoquer un sujet et le dépouiller pour en faire le tour, énoncer des centaines d'hypothèses ; car j'ai peu de principes, sauf le respect, les habitudes me gênent, m'empêchent de créer.

15h44, je reprends plus tard. Je n'ai rien d'autre à dire.

ah oui, c'est vrai il faut signer, mettre son copyright ... perdus dans n'importe quel ouvrage, je  reconnaitrais mon écriture et mes mots parce que j'ai ma façon à moi de les tourner qui n'est jamais la même et que je reconnais, qu'il est impossible de copier ; et quand bien même on les copierait, je m'en fiche, j'en écrirai d'autres ... Les mots appartiennent au monde, ce sont les tournures de phrases qui nous sont propres ...

A mes amis d'écriture depuis mes premiers mots écrits depuis 2003, Eve, Béa, Romain, Pascal C., Michèle et d'autres de "l'aurore poétique" ...

corinne cornec Orieska, puisqu'il faut le dire.